Traversée à la Grande Ciamarella (73 / ITA)

La Haute-Maurienne a ce don de nous faire sentir au bout du monde. Partis depuis deux jours de Bonneval-sur-Arc avec Matthieu et Benjamin, nous nous laissons porter par l'itinérance. Le refuge des Évettes, véritable vaisseau de pierre face au cirque glaciaire, nous sert de camp de base. La veille, Pierric et Victor nous y ont rejoints, complétant notre cordée de cinq pour la suite de l'aventure. L'ambiance au refuge est chaleureuse, bien que nous ne soyons pas seuls à convoiter les sommets alentours.

L’appel de l’Alpinisme
Réveil matinal. L’objectif du jour est de taille : la Grande Ciamarella (3676 m). Ce n’est pas une simple randonnée à ski ; l’itinéraire choisi flirte avec l’alpinisme.
Nous franchissons le col Tonini sans encombre, porte d'entrée vers le versant italien.

C'est ici que les choses sérieuses commencent. Les skis passent sur le sac, les crampons mordent la neige tendre en orientation Nord. Nous remontons un couloir soutenu pour prendre pied sur l’arête. L’ambiance change, c'est "plein gaz" désormais : à notre gauche, le versant Nord bien froid, à notre droite, les pentes ensoleillées plongeant vers l’Italie.

Progresser sur ce fil, entre le Col de la Ciamarella et le sommet, demande une concentration importante.


Bien que la difficulté technique reste abordable pour des alpinistes , l'engagement est réel. À plus de 3600 mètres, chaque pas pèse un peu plus, mais la récompense est là : un sommet partagé, des sourires, et une vue infinie sur les sommets frontaliers.
De la glace au printemps italien
La descente versant Sud-Ouest nous réserve un accueil mitigé. Les premiers virages se font dans une atmosphère laiteuse, sur une neige médiocre, alternant entre plaques dures et zones gelées.
Heureusement, en perdant de l'altitude, la visibilité revient et la magie du ski de printemps opère enfin. La neige transformée nous offre de superbes courbes jusqu'au pied des pentes menant au refuge Gastaldi. Là, le contraste est saisissant. Bien que nous soyons sur un versant Nord, la chaleur devient écrasante. Nous crevons de chaud dans cette remontée finale, brassant une neige devenue profonde sous l'effet du rayonnement.
Gastaldi : seuls au monde
L'arrivée au refuge Gastaldi est un moment de grâce. Magnifique bâtisse isolée dans cette nature italienne sauvage, le refuge nous appartient pour la nuit. Le gardien nous accueille bras ouverts : nous serons les seuls occupants. Une soirée hors du temps, comme seule l'itinérance en montagne peut en offrir.

Le plan initial prévoyait l'ascension de l'Albaron le lendemain, avec son rappel sous le sommet. Mais la montagne décide, et la météo s'annonce capricieuse. En montagnards responsables, nous choisissons de renoncer. Ce n'est qu'un au revoir : l'Albaron restera là, et nous reviendrons pour clore ce chapitre Mauriennais.


